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Aux sources tropicales de la préhistoire. Amateurs et préhistoriens de cabinet construisent l’archéologie en terrain colonial (1864-années 1920)

Lundi 3 février 2020 à 16h30 (Salle Chevalier, MdH), par Maddalena CATALDI Post-doctorante UMR 7194

par Germain - publié le , mis à jour le

Le but de mon projet est de reconstruire les apports de l’anthropologie des peuples « sauvages » dans la mise en place des méthodes de recherche – surtout le comparatisme ethnographique – et dans la construction des résultats des premières études sur l’art préhistorique entre 1864 et les années 1920. En amont, j’adopterai comme point de départ la découverte de l’art mobilier en Dordogne par deux amateurs préhistoriens (1864) pour arriver, en aval, jusqu’à la fin des années 1920, lorsque les premières campagnes de relevés et de fouille extra-européennes sont lancées, notamment en Afrique du Sud, par des professionnels tels qu’Henri Breuil (1877-1961) et Miles Burkitt (1890-1971).

Du point de vue scientifique, cet intervalle est rythmé par les débats autour des sites à gravures scandinaves et italiennes des années 1860, par la découverte de l’art des grottes (1878), par la publication d’une première monographie anglaise sur l’art des primitifs, étayée sur les objets conservés à l’University Museum d’Oxford (1893), et par la publication du volume de Breuil et Émile Cartailhac (1845-1921) sur les peintures de la grotte d’Altamira (1906).

Ces études sont, dans le même temps, intimement liées aux débats de l’époque en anthropologie. J’entends ainsi interroger dans quelle mesure ces jalons, ainsi que les méthodes et les élaborations théoriques sur l’art rupestre des primitifs, sont tributaires des observations de terrain relatives aux « coutumes » des peuples sauvages en terrain colonial. En effet, les préhistoriens collaborent avec les anthropologues dans la transposition du « système des trois âges », élaboré dans le cadre de l’archéologie et de l’anthropologie nordiques, à l’échelle mondiale, établissant des correspondances entre « peuples sauvages » et « peuples primitifs ».

Dans l’émergence d’une réflexion sur les premiers âges de la civilisation, l’étude des cultures ensevelies dans la stratigraphie des temps à l’échelle géologique est donc indissociable de celle des populations dispersées dans des territoires aux marges de l’expansion européenne. L’analyse des acquis de cette « préhistoire de cabinet » est indispensable, dans le but de questionner l’élaboration du modèle européen de préhistoire qui sera progressivement élargi à l’ensemble de la planète à partir des années 1920. En effet, bien avant d’exporter son outillage conceptuel et méthodologique dans les territoires coloniaux, la préhistoire a construit les bases scientifiques de sa rencontre avec des peuples exotiques qui vivent dans les régions tropicales mais qu’elle apparente à ses lointains ancêtres dans le but de mieux connaître les origines de l’humanité.

Mon projet vise alors à reconstruire les étapes qui ont fait des territoires tropicaux des lieux scientifiquement cruciaux pour l’étude de l’évolution de l’humanité qui sont aujourd’hui. Dans la continuité des pistes ouvertes par ma thèse de doctorat consacrée à l’histoire des recherches sur l’art préhistorique en Europe entre la deuxième moitié du XIXe siècle et la Seconde Guerre mondiale, ce projet complète les résultats de mon travail et en élargit les ambitions aux univers extra-européens. J’entends ainsi contribuer à la réflexion de l’équipe PrehisTropic par une approche d’histoire des sciences qui permettra de questionner les conceptions scientifiques développées dans et pour l’espace tropical.