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Crimée - Complexe de Buran-Kaya

Stéphane Péan

par Laurent Crepin - publié le

Mission préhistorique en Crimée : Aux origines d’Homo sapiens en Europe orientale

Les voies et les modalités de peuplement des Hommes anatomiquement modernes (Homo sapiens) en Europe il y a plus de 30 000 ans font l’objet de nombreux débats. De par sa situation géographique, la péninsule de Crimée, au sud de l’Ukraine, qui présente des témoignages archéologiques exceptionnels de la préhistoire, apparaît comme un territoire stratégique pour chercher des éléments de réponse à ces questionnements.

Le projet s’appuie sur un programme d’analyses (depuis 2006) et de fouilles (depuis 2009) engagé sur le complexe de sites de Buran-Kaya, en Crimée, en collaboration par le chef de mission (S. Péan, Muséum National d’Histoire Naturelle) et le découvreur ukrainien des sites (A. Yanevich, Académie Nationale des Sciences d’Ukraine). Ce complexe d’abris-sous-roche se trouve à 25 km à l’est de Simferopol, sur la commune d’Aromatne.

Découvert en 1990 par A. Yanevich, le site de Buran-Kaya III a été fouillé jusqu’en 2001 sous la direction d’A. Yanevich et A. Marks, avec la participation de V. Chabai, Y. Demidenko, K. Monigal, M. Otte et Y. Yamada, puis lors des campagnes 2009-2011 sous la direction d’A. Yanevich et de S. Péan. Buran-Kaya III est le seul gisement de la région à présenter une succession stratigraphique de couches datant à la fois du Paléolithique moyen, supérieur et final, et ayant livré des fossiles d’Hommes anatomiquement modernes (Homo sapiens). Parmi les résultats obtenus précédemment par l’équipe de recherche, soutenus par le programme ANR « Mammouths » (dir. S. Péan), l’ATM Muséum « Relations sociétés-nature » et l’UPR 2147 du CNRS, une datation directe au C14 à 32 ka BP place les vestiges humains de Buran-Kaya III parmi les plus anciens Homo sapiens d’Europe. Ils témoignent en outre de traitements funéraires particuliers, voire de cannibalisme rituel.

Os temporal humain avec stries de découpeOs temporal d’homme anatomiquement moderne de Buran-Kaya III (couche 6-1, Gravettien) présentant des traces de découpe

Distant d’une centaine de mètres, le nouveau site de Buran-Kaya IV, découvert en 1994 par A. Yanevich, est fouillé depuis 2008, d’abord sous la direction d’A. Yanevich et M. Yamada, et depuis 2010 en co-direction par A. Yanevich et S. Péan. Il contient également une longue séquence chronologique, depuis le début du Paléolithique supérieur, voire le Paléolithique moyen, jusqu’au Paléolithique final, Mésolithique, Néolithique et Protohistoire, sur une grande épaisseur stratigraphique.

Le projet vise à développer sur 4 ans un programme de fouilles et d’analyses pluridisciplinaires des sites de Buran-Kaya, en collaboration avec A. Yanevich et une équipe scientifique internationale, pour déterminer et comparer les stratégies d’utilisation des ressources animales (à but alimentaire ou non) par les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique moyen, supérieur et final. De par sa situation géographique au nord de la Mer Noire, le complexe de sites criméens de Buran-Kaya apparaît en effet comme un ensemble de référence pour mieux comprendre les voies et les modalités de peuplement des Homo sapiens paléolithiques en Europe : au début du Paléolithique supérieur, il y a plus de 30 000 ans, par rapport à l’extinction des derniers Néanderthaliens, et au Paléolithique final, il y a environ 10 000 ans, dans le contexte des changements paléoécologiques majeurs de la fin du Pléistocène.

En parallèle aux activités de recherche, les échanges réalisés ont permis d’entretenir et développer une coopération en terme de formation universitaire (encadrement et échanges d’étudiants et jeunes chercheurs français et ukrainiens), notamment avec l’Université Nationale Taras Chevtchenko de Kiev, et de prise en compte de la valeur patrimoniale des sites étudiés de Buran-Kaya.

En terme de co-financement, les travaux menés ont été en partie soutenus depuis 2012 par trois autres programmes complémentaires : un projet PHC Dnipro du MAE (co-dir. S. Péan et P. Shydlovskyi), une Allocation de recherche de la Fondation Fyssen (dir. S. Prat) et un projet de l’Action Thématique du Muséum National d’Histoire Naturelle « Relations Sociétés-Nature dans le long terme » (co-dir. D. Bergandi, D. Couvet, M. Patou-Mathis).

Vue du site de Buran-Kaya IVVue du site de Buran-Kaya IV (© S. Péan / MPC)

En raison des changements géopolitiques survenus en 2014 en Crimée, les travaux se concentrent sur des missions d’étude et d’analyses en laboratoires des matériels issus des fouilles précédentes. En fonction de l’évolution de la situation, l’équipe franco-ukrainienne se prépare à reprendre les opérations de terrain dès que possible.