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La grotte du Vallonnet à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes)

publié le , mis à jour le

Musée de Préhistoire Régionale « Stanislas Bonfils »
Rue Lorédan Larchey
06500 Menton

Grâce à deux dépôts sédimentaires différents, la grotte du Vallonnet, à Roquebrune-Cap-Martin, témoigne de la vie marine en Méditerranée il y a 1,1 million d’années, et de la vie terrestre dans les Alpes maritimes il y a un million d’années. A cette époque, des hommes préhistoriques se sont abrités dans cette grotte qui constitue maintenant un monument historique propriété de l’État.
Les âges de ces dépôts sédimentaires sont connus grâce aux études stratigraphique et paléomagnétique, aux datations de planchers stalagmitiques par la méthode de résonnance paramagnétique électronique et à l’étude de la faune. La grotte est creusée dans un massif de calcaires dolomitiques du Jurassique et s’ouvre vers le nord au bord du ruisseau du Vallonnet. Elle se trouve à une altitude absolue de 110 mètres, au pied d’une colline qui domine le cap Martin. Ses dix premiers mètres à partir du porche d’entrée ont été fouillés, et au-delà, le sédiment comble entièrement la cavité dont l’extension est inconnue.

Vers 1,1 million d’années, la zone littorale de Nice à la frontière franco-italienne avait une altitude absolue située 110 mètres plus bas qu’actuellement. L’élévation que la côte a subit depuis est due à la surrection alpine. La grotte du Vallonnet ayant une altitude absolue de 110 mètres, elle se trouvait à l’époque au niveau de la mer qui était équivalent au niveau actuel. Les sables marins déposés alors sur le sol rocheux de la grotte contiennent des ossements de phoque moine, des restes de daurade, de poisson diodon, de requin taureau, des coquilles d’huîtres et de patelles, des plaques de balanes, des radioles d’oursins, des tests de foraminifères (protozoaires marins)… Les parois portent des traces d’érosion marine et des trous de mollusques lithophages. Des perforations dues à une éponge s’observent sur des pierres et des coquilles d’huîtres. La faune marine de la grotte du Vallonnet indique une eau plus chaude que celle de la Méditerranée actuelle et un contexte littoral de côte rocheuse.

Les sédiments sablo-limono-argileux d’un million d’années reposent sur les sables marins. Ils se sont déposés dans la grotte sortie des eaux à la faveur de la surrection alpine et d’un abaissement du niveau marin en raison d’un refroidissement du climat. Ils livrent une industrie lithique attribuée au Pré-Oldowayen par Henry de Lumley, préhistorien qui dirige l’étude du site. Il s’agit de la première des cultures préhistoriques apparue en Afrique il y a 2,5 millions d’années. L’outillage Pré-Oldowayen du site du Vallonnet est constitué de galets utilisés comme percuteurs, de galets taillés et d’éclats issus du débitage de galets. Il servait à casser les os afin d’en extraire la moelle et à découper la viande. La grotte du Vallonnet fait partie des plus anciens sites de la préhistoire européenne qui débute vers 1,5 million d’années selon des découvertes faites en Espagne, en France et en Italie.

Vue de l'intérieur de la grotte avec les parois érodées par la mer

Plusieurs milliers d’ossements de mammifères ont été découverts dans les sédiments. Des carnivores ont occupés la grotte à la place des hommes à certaines périodes aux alentours d’un million d’années. Des ossements d’ours, de hyène, de tigre à dents de sabre, de guépard, de jaguar eurasiatique, de canidés… sont découverts. De très nombreux ossements d’herbivores proviennent du transport dans la grotte, par l’homme et les carnivores, de carcasses ou de parties de carcasses. Les traces laissées par l’homme préhistorique (fracturations, stries de boucherie) s’observent sur des ossements de bison et de cervidés. La hyène a aussi laissé des traces, en particulier sur des ossements de rhinocéros. D’autres herbivores sont présents, l’éléphant méridional, un équidé, le sanglier, des caprinés (une sorte de mouflon à manchette et le thar)…

L’étude des pollens extraits du sédiment a permis de reconstituer un paysage steppique correspondant à un climat de type glaciaire, sec, mais non très rigoureux, le contexte méditerranéen permettant la présence de la tortue d’Hermann dont de nombreux fragments de carapaces ont été trouvés à côté des ossements de mammifères.

Henry de Lumley considère l’homme du Vallonnet, connu par ses outils et non par son squelette (les fossiles d’autres sites européens anciens sont attribués à Homo antecessor, le cousin européen d’Homo erectus), comme davantage charognard que chasseur.