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Lazaret

publié le , mis à jour le

La grotte préhistorique du Lazaret, à Nice

Laboratoire départemental de Préhistoire du Lazaret
33 bis boulevard Franck Pilatte
06300 Nice
France

Tel : 04.92.00.17.37
Fax : 04.92.00.17.39
Mail : lazaret@lazaret.unice.fr

Généralités

La grotte du Lazaret est située à Nice (Alpes-Maritimes), sur le versant occidental du mont Boron. La cavité fait 35 mètres de long sur 4 à 14 mètres de large.

Creusée dans les calcaires dolomitiques du jurassique inférieur, elle s’ouvre sur les pentes occidentales du mont Boron, à 26 m d’altitude absolue et à 100 m du bord de mer.

La grotte du Lazaret a été classée Monument Historique par arrêté du 21 mars 1963.

Localisation de la Grotte

Les premières mentions de la grotte du Lazaret :

La grotte du Lazaret a été signalée pour la première fois en 1821 par François Emmanuel Fodéré dans son ouvrage intitulé « Voyage aux Alpes-Maritimes ».

Au cours du XIXème siècles, divers naturalistes vont se succéder dans la grotte du Lazaret.

En 1826, le naturaliste et pharmacien niçois Joseph Antoine Risso signale également la grotte du Lazaret dans son ouvrage « Histoire Naturelle des principales productions de l’Europe Méridionale et particulièrement de celles des environs de Nice et des Alpes-Maritimes ».

Les premières fouilles effectuées dans la grotte du Lazaret ont été entreprises par le docteur Alexis Naudot, ancien inspecteur des eaux minérales de Provins en mars 1842.

Ainsi, le dimanche 18 décembre 1842 fut présentée à l’Académie des Sciences de Turin une note manuscrite du docteur Naudot intitulée « Note sur les cavernes ossifères de Nice  » qui donne un bref compte rendu des résultats de ses recherches dans la grotte du Lazaret.

Cette note, signale la découverte « d’un fragment curieux appartenant au squelette humain, c’est l’extrémité inférieure d’un fémur  » associé à « des restes de grands quadrupèdes ovipares  ».

Mais, cette note très audacieuse pour l’époque, soumise 3 ans avant la publication par Jacques-François de Crèvecoeur de Boucher de Perthes de l’ouvrage « Antiquités celtiques et antédiluviennes » et 17 ans avant « L’origine des espèces » par Charles Darwin ne sera pas publiée car, selon les académiciens de Turin, « elle ne contenait aucun fait de quelque importance qui n’ait été déjà consigné dans l’œuvre de Cuvier sur les ossements fossiles et dans les travaux de nombreux auteurs qui traitent des dépôts de Nice  ».

En 1851-1852 les frères Frédéric Alexandre Le Fèvre et Louis Jacques Le Fèvre ouvrent une grande tranchée de fouilles dans le centre de la grotte. Nous savons aujourd’hui que cette tranchée a traversé des couches archéologiques très riches et les frères Le Fèvre ont dû recueillir de nombreux ossements et outils préhistoriques. La presse locale, l’Avenir de Nice, s’en est d’ailleurs fait l’écho et signale ces découvertes dans sa chronique locale.

Ces sont les travaux menés par le paléontologue Emile Rivière, en collaboration avec Albert Gaudry et M.P. Fischer qui démontrèrent l’intérêt préhistorique majeur de la grotte du Lazaret.

Au cours du XXème siècle, le gisement a fait l’objet de différentes campagnes de fouilles méthodiques réalisées tout d’abord dans les années 1950 par le Commandant François Charles Ernest Octobon, puis sous la direction du Professeur Henry de Lumley à partir de 1962.

plan sol 25 lazaret

Le Laboratoire départemental de Préhistoire du Lazaret

chantier de fouilles Lazaret
chantier de fouilles Lazaret
vue générale du chantier de fouilles de la grotte du Lazaret en pleine activité

Depuis 1992, le Laboratoire départemental de Préhistoire du Lazaret est officiellement chargé par le Conseil Général des Alpes-Maritimes d’organiser chaque année une grande campagne de fouilles dans le gisement. A ce jour, 27 niveaux d’occupation humaine ont été mis au jour.

L’étude, la gestion et la conservation des importantes collections paléontologiques et préhistoriques issues des fouilles sont également confiées au Laboratoire départemental de Préhistoire du Lazaret.

La grotte préhistorique du Lazaret

La grotte du Lazaret a été occupée par des hommes préhistoriques de - 190 000 à - 130 000 ans.

La grotte du Lazaret est un gisement clef pour l’étude de la transition entre les civilisations acheuléennes et moustériennes, contemporaine de la fin du Pléistocène moyen (stade 6 de la chronologie marine isotopique).

Avec son remplissage sédimentaire de plus de six mètres d’épaisseur, le Lazaret est également un gisement extrêmement intéressant pour comprendre la dynamique climatique dans cette région nord-méditerranéenne qui a joué le rôle de zone-refuge pour les populations tempérées d’Europe lors de la dernière glaciation du Pléistocène moyen.

Stratigraphie

L’environnement

A proximité de la grotte, l’environnement était ouvert car composé d’une steppe herbacée ponctuée de quelques bosquets d’arbres ou arbustes (pins sylvestres et genévriers). Non loin de là, dans des zones privilégiées bien abritées et exposées au sud, une forêt méditerranéenne persistait, avec notamment le chêne vert, le pistachier et l’olivier, dans laquelle évoluaient des hardes de cerfs et de chevreuils, mais aussi quelques lynx et des chats sauvages.

D’une manière générale, le climat littoral était plus frais et plus humide qu’actuellement.

scène de vie devant la grotte

L’outillage lithique

biface 2 lazaret
biface 2 lazaret
Biface à biseau terminal façonné sur un galet épais en calcaire marneux. Sol d’occupation UA25 de la grotte du Lazaret. Zone K7, couche AN 32 T, n° 407.

L’outillage en pierre est constitué de plus de 100 000 pièces élaborées essentiellement à partir de calcaire marneux ou silicifié et de silex. Les galets aménagés sont représentés par des galets à enlèvement isolé, des choppers, des chopping-tools, et surtout de nombreux bifaces, outils caractéristiques de la culture acheuléenne.

La faune

L’étude paléontologique du bestiaire des chasseurs anténéandertaliens apporte des informations sur l’âge du site, l’environnement, le climat et le comportement des hommes préhistoriques.

La faune du Lazaret est très riche et diversifiée. Dans l’ensemble, elle évoque un paysage constitué d’espaces ouverts (de type prairie) entrecoupés de zones forestières importantes et suggère un climat de type continental, frais et humide.

Dans les périodes les plus froides du Lazaret, les hommes chassent le cerf et le bouquetin mais aussi le chamois, le cheval et le bison. Des rhinocéros laineux, quelques rennes et des gloutons vivent dans l’environnement immédiat de la caverne.

Au sein de la glaciation, certains niveaux apparaissent plus tempérés. Le bestiaire des hommes préhistoriques est alors composé d’espèces de forêts tempérées : cerfs, chevreuils, daims, aurochs, éléphants antiques.

mandibule cerf lazaret

Les restes humains

femur humain lazaret

Les niveaux d’occupation fouillés ces dernières années ont en outre livré plusieurs restes humains qui soulignent l’importance du site. Ainsi, sur le sol UA 26, ont été découverts en particulier deux portions d’un même fémur dont la fracture sur os frais indiquent une fracturation intentionnelle par l’homme, probablement pour en extraire la moelle.

Sur un sol sus-jacent, un humérus de femme a été retrouvé brûlé, fracturé à l’état frais et portant des traces de découpe occasionnées lors de l’enlèvement des muscles par un outil tranchant.

A cela, on peut rajouter d’autres restes humains comme un fémur d’homme, des fragments crâniens, ainsi que plusieurs dents.

L’étude des os et du matériel dentaire a révélé une morphologie robuste, ainsi qu’un fort dimorphisme sexuel attribuable aux Anténéandertaliens (Homo erectus d’Europe) ; exception faite d’une molaire qui présente un ensemble de caractères de type néandertalien.

Les restes humains recueillis dans le remplissage de la grotte du Lazaret peuvent être rapportés à des Anténéandertaliens, de type évolué, à l’aube de la néandertalisation.

La grotte du Lazaret est un site de référence pour la reconstitution des paléoenvironnements et du mode de vie des derniers Anténéandertaliens, contemporains de la fin du Pléistocène moyen.