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Fressignes

publié le , mis à jour le

Situation géographique, géologique et lithologique du site.

Fressignes (commune d’Eguzon, Indre) est un campement saisonnier de Solutréens, localisé en rive gauche de la Creuse, dans le creux d’un des derniers méandres qu’elle fait en sortant du massif central.
Le paysage du site, à 200 mètres d’altitude, est celui d’une vallée encaissée, sur une centaine de mètres de profondeur, dans les formations de roches métamorphiques du flanc nord, assez fortement ondulé et faillé du Massif central. Des affleurements de micaschistes feldspathiques, de leptynites, d’amphibolites forment des épaulements par endroits abrupts, des goulets surplombant la rivière assez déclive, marquée de rapides.
Le campement se localise sur un replat de faible pendage et d’extension limitée (de l’ordre d’une quarantaine de mètres sur une trentaine de mètres de largeur). Le méplat rompt la pente accusée du flanc supérieur de la vallée et celle encore plus forte à son aplomb. Il domine d’une cinquantaine de mètres la rivière, facilement accessible dans le creux du méandre quelque 200 m en amont. Sur ce replat, à mi-pente, bien protégé, l’observation panoramique de la vallée est optimale ; on en mesure l’intérêt pour des chasseurs pêcheurs solutréens.

La lithologie (T. Aubry) des roches siliceuses introduites dans leurs campements par les Solutréens montre une relation étroite avec les formations de silex accessibles dans le bassin versant de la Creuse, et plus précisément en direction nord-ouest, sur l’axe même de la rivière vers sa confluence avec la Vienne. Ces silex d’excellentes qualités pour leur débitage et leur taille proviennent des formations du Turonien moyen et du Turonien supérieur, en particulier ceux de la vallée de la Claise (où fut découvert et fouillé le site des Métreaux (Aubry, Walter) et encore plus loin (jusqu’à une bonne centaine de km de Fressignes) les silex du Grand-Pressigny Les plus proches silex sont ceux du Bajocien supérieur du Menoux, 15 km à peine en aval en bordure de la Creuse qui commence alors à traverser la périphérie sédimentaire du Massif central, faisant limite avec le Bassin parisien. Des silex de l’Oxfordien supérieur de la Brenne et des silex du turonien inférieur de Levroux et Baudres, proches de Châteauroux, marquent la provenance la plus nordique, à 65 km environ et au-delà de la vallée de l’Indre, des silex apportés à Fressignes. Un des silex introduits sur le campement n’appartient pas au réseau hydrographique de la Creuse : il provient de l’Hettangien inférieur affleurant à proximité de la Châtre, environ 35 km à l’est de Fressignes. L’esthétique de ce silex ocre tacheté de dendrites noires, de bonne qualité pour son exploitation, fut sûrement déterminante pour les artisans solutréens de la région.
La lithologie des autres roches apportées sur le campement situe leurs origines parmi les roches magmatiques du Massif central, essentiellement des granites et des quartz. En fait, ces matériaux exogènes ont été prélevés sous forme de galets dans la rivière en contrebas du site. La lithologie des roches locales concerne d’une part l’exploitation du quartz filonien, d’autre part l’empierrement des occupations successives du campement, principalement des blocs et plaques d’amphibolite

Les fouilles

L’analyse sédimentologique (M. Benabdelhadi) des dépôts a montré leur homogénéité sur la totalité de la séquence stratigraphique ouverte (jusqu’à plus d’un mètre de profondeur) : il s’agit principalement de limons et de sables fins pour la couche II, archéologique et en place, sans perturbation. Elle se serait déposée sous un climat peu froid et humide. La couche I, de surface et sur une douzaine de cm d’épaisseur, perturbée, est riche en fraction grossière (plaquettes, cailloux et graviers). Dans l’angle nord-ouest, fouillé jusqu’à 1,30 m de profondeur, une couche « compacte » (sous la couche I, déposée lors d’un épisode froid, s’ est avérée archéologiquement stérile.
La matrice jaunâtre sablo-limoneuse de la couche II enrobe une nappe dense mais discontinue de blocailles surtout d’amphibolites. Le pendage général de la couche (épaisse de 0,20 à 0,80 m, selon les endroits) est S-O —> N-E. La nappe des blocs, discontinue n’est ni plane ni d’épaisseur constante. Par endroits, 2 lits ou plus se superposent ou se mêlent sur une trentaine de cm d’épaisseur.
La trentaine de décapages effectués sur 80 m2 (de 1983 à 2005) dans la couche archéologique II ont permis de mettre en évidence une succession d’occupations solutréennes ; certaines sont par endroits séparées par des passées sédimentaires stériles.

Le matériel archéologique

Quelque 80 000 pièces lithiques ont été inventoriées sur place puis en laboratoire (refus de tamisage). Le matériel en quartz représente environ 10% de la totalité. Plus des ¾ des pièces en silex mesure moins d’1 cm : principalement des débris, fragments de débitages, des éclats de retouche et une large partie des lamelles (le plus souvent fragmentées).
Le matériel en silex est essentiellement composé d’éléments de débitage. Environ 800 nucleus, en majorité épuisés, quelques centaines de lames (généralement fragmentées) et plus d’un millier de lamelles ont été inventoriés.
Les activités de débitage des premiers occupants solutréens du replat de Fressignes sont proportionnellement plus intenses que celles de leurs successeurs immédiats et aussi d’une bonne partie de tous les autres.
L’analyse finale (en cours) de l’outillage en silex (un peu plus de 2000 pièces, essentiellement lames et lamelles) fait apparaître notamment un bon millier de lamelles à dos (divers types), environ 400 burins (et plusieurs centaines de chutes de burins), plus d’une centaine de becs, perçoirs et microperçoirs, de pièces à coche(s) et quelques dizaines de grattoirs, de troncatures, de pièces esquillées et d’outils composites Une centaine de pièces solutréennes caractérisent le site, en particulier les occupations dans la phase moyenne de la séquence. Il s’agit essentiellement de pointes à cran et de pointes à face plane. L’étude comparative de leurs cassures montre leur emploi actif à la chasse et probablement à la pêche. L’une des 6 pointes entières est absolument intacte, sans aucune trace d’utilisation.

Le matériel en quartz démontre la bonne aptitude que les Solutréens ont eue à exploiter les ressources lithiques locales, Les abondants fragments (parfois éclats) de quartz filonien et de galets de quartz, matériaux prélevés dans les affleurements proches et dans le lit de la Creuse, sont comme souvent concentrés, ce qui témoigne d’une fragmentation sur place. Les quelques dizaines d’outils en quartz sont principalement des galets aménagés, choppers et chopping tools, et des outils à coche.
Deux autres roches prélevées dans l’environnement immédiat, des pegmatites et des granites, sont attestées par quelques dizaines de blocs et fragments. Certains sont fortement abrasés, d’autres ont été clairement percutés. Ils attestent d’activités spécialisées diverses sans doute, comme l’écrasement de végétaux ou d’os, l’abrasion d’objets…

Le campement saisonnier de Fressignes témoigne intensément de la stratégie économique régionale élaborée des Solutréens, révélatrice de leur savoir-faire social et économique, fameux pour leurs compétences techniques, notamment leurs armatures, pointes à cran, pointes à face plane, micro-lamelles à dos.
Les débuts du maximum glaciaire, vers 18 000 ans marquent la fin du Solutréen dans cette région, à la limite septentrionale extrême de leur peuplement franco-ibérique.


mosaïque de photos redressées

Chaque photographie étant géoréférencée, la mosaïque l’est aussi. Pour ne pas avoir à manipuler cette mosaïque dans son ensemble, on décide de la découper en photographies couvrant des surfaces régulières du terrain. Par exemple, on prend les carrés définis par des coordonnées rondes tous les mètres et on forme ainsi des dalles de un mètre-carré ; ces photographies plus maniables peuvent être introduites dans un système d’information géographique avec toutes les possibilités offertes par ce genre de système informatique. De plus, ces dalles s’ajustant rigoureusement les unes aux autres, elles peuvent sans difficulté être à nouveau réunies pour couvrir une surface bien déterminée.